Interview de Mr. Heiko Bleher (parue dans la Gazette n°13)

Le Bleher des Discus Tome 2

A l'occasion de la sortie du second tome de son ouvrage "Bleher des discus" au printemps 2011, Heiko Bleher a accordé une interview exclusive à l'Association Discus Passion.

Une occasion exceptionnelle de lui poser les questions que de nombreux membres de l'ADP avaient en tête.

Heiko Bleher

Quelle est votre destination préférée ? Votre plus belle découverte ? Et pourquoi ?

HK : Il m’est très difficile de répondre.

Je n’ai pas de destination préférée sauf tous les habitats naturels préservés où la nature n’a pas été touchée par l’homme (ce qui est de plus en plus rare à trouver ces jours-ci).

Quand j’arrive à en trouver (comme la semaine dernière au bassin supérieur du fleuve Abatapo au Vénézuela) je me sens tellement bien.

Je me sens comme “chez moi” car c’est là qu’est notre vraie maison : la maison que personne ne connait vraiment … Tout comme nous venons de la nature et nous ne pourrons que (sur)  vivre avec la nature.

Une fois qu’elle est partie nous serons tous de « l’histoire » …

Mais je peux vous dire que tous les ans, depuis mes 8 ans, je vais en Amazonie (359 expéditions amazoniennes à ce jour), et depuis 1974, je fais aussi des recherches chaque année en Nouvelle Guinée.

Je vais à ces deux endroits annuellement parce qu’il y a toujours “des zones blanches” sur (ma) carte du poisson d’eau douce – des endroits où personne, dans l’histoire, n’a fait des recherches sur les poissons d’eau douce et les plantes aquatiques (invertébrés). Et aussi parce que j’essaie de répertorier tous les poissons d’eau douce sur notre planète. Pour l’instant j’ai environ 28.000 formes enregistrées, photographiées et répertoriées …

Quant à ma plus belle découverte, ça aussi c’est une question difficile car je ne vois pas seulement la beauté dans leur couleur, je vois plus que tout (souvent plus) la biologie unique et la stratégie de reproduction de l’espèce car c’est souvent le trait le plus important d’une espèce. J’ai découvert ou trouvé pour la première fois la vie. Ca prendrait des jours pour tout vous dire de la biologie étonnante de certaines espèces que j’ai ramenées, introduit et étudié beaucoup d’entre elles ont une biologie unique qui est incroyable. Quelques exemples : la découverte d’une “couveuse pelvienne” que j’ai trouvée à Sulawesi il y a quelques années, ou l’Apistogramma qui incube dans la bouche, que j’ai découvert en 1997.

… Mais si vous voulez en savoir plus sur la couleur, les Rainbowfish comme Boesemani Melanotania ( tous ces poissons qui sont en aquarium aujourd’hui proviennent des 199 spécimens que j’ai collectés) ou M.Praecox ( dont je n’ai trouvé que 13 spécimens et aujourd’hui en Indonésie, ils en reproduisent 5 millions par mois) …certaines variétés de discus que j’ai découvertes (voir le volume 1 de Bleher et discus book 1) sont des beautés, ou Hemigrammus Bleheri, qui est de loin le poisson le plus étudié que nous avons dans les aquariums et le plus vendu après le néon ( cardinaux), tétras, etc etc … Je pense avoir répondu à votre question de “pourquoi”

Quel est votre poisson préféré ? Et Pourquoi ?

Tous les poissons d’eau douce ou saumâtre sont mes préférés, tout simplement pour les raisons énoncées dans la réponse précédente (biologie, le comportement, les migrations, le comportement de niche ou leur façon unique de survivre). J’ai trouvé de nombreuses espèces de poissons – de différentes familles – qui vivent 6 mois ou plus complètement sans eau … pour ne citer que l’un des nombreux phénomènes que j’ai découvert. Mais peut être vous pouvez inclure ma découverte de la scie d’eau douce ( espèce Pristis), encore non décrite à ce jour, et la plus large découverte du 20ème siècle des poissons d’eau douce.


Savez-vous combien de temps un bébé discus reste sur le dos de ses parents ? Nos éleveurs amateurs nous posent souvent la question.

Ils restent, comme je l’indique dans le volume 1, presque toute leur vie ensemble. Dans la nature le discus vit en grand groupe pendant la journée (une centaine – le plus gros groupe quej’ai vu était environ 1.000, mais 50 a 150 est normal), mais s’isolent la nuit.

Y-a-t-il des zones qui n’ont pas encore été étudiées ou exploitées par la présence de discus ?

Oui, comme vous pouvez le voir dans mon livre, sur les cartes ou j’ai mis des point d’interrogations (?).

Bien que je revienne 2 à 3 fois par an et compare ces lieux, comme l’année dernière ma découverte d’une variante de discus vert dans l’Aparonis (voir Discus book 1), ou personne n’a jamais fait de recherche auparavant. Mais il y a de moins en moins d’endroits qui ne sont pas exploités et de plus en plus d’habitats qui sont devenus de l’histoire ancienne parce que les hommes détruisent la nature sans arrêt.

Savez-vous ce que les jeunes discus sauvage mangent?

J’ai écrit 80 pages sur ce sujet dans le volume 1, je ne peux pas le réécrire encore une fois, c’est impossible, C’était une recherche que j’ai faite pendant 40 ans.

Savez-vous si certain discus sont en danger (par la pollution des eaux ou la surpêche)?

J’ai aussi beaucoup écrit sur ce sujet dans le volume 1. – Chaque fleuve ou lac où ils se trouvent, l’histoire, état actuel, etc …, il faut lire si l’on veut vraiment savoir et apprendre sur le discus. Les discus ne sont jamais en danger de surpêche, simplement parce que la nature les protège. Chaque année, entre 9 à 10 mois, les discus ne peuvent être recueillis en nature, le niveau de l’eau est trop haut. La majeure partie de l’Amazonie est complètement sous eau (et c’est aussi le moment ou ils se reproduisent et grandissent en nature).

Quelle est votre opinion sur l’établissement d’une norme (ou des règles) en ce qui concerne le discus dans le but de limiter les noms ridicules tels le “bulldog” discus?

Dans mon volume 2 (entièrement consacré aux éleveurs dans le monde entier – plus de 700 éleveurs dans plus de 50 pays) ce sujet est mentionné et beaucoup suggèrent … des nouvelles normes pour le discus!

Quelle est votre variété préférée de discus (sauvage ainsi que d’élevage)? Avez-vous des photos pour illustrer?

Comme je l’ai mentionné ci-dessus, j’aime tous les poissons d’eau douce et tous les discus. Il y a des   bruns fantastiques, des magnifiques verts et d’excellents discus Heckel. On peut choisir entre 380 différentes populations sauvages dans Bleher discus volume 1, et plus de 4.000 variétés élevées dans un aquarium dans le volume 2. Choisissez.

Quels conseils donneriez-vous à un nouvel acheteur de discus sauvage de telle sorte que ses poissons se sentent aussi bien que possible dans un aquarium?

Vous savez, je suis désolé de me répéter, mais je travaille presque tous les jours avec les discus et comment juste en quelques mots répondre à cette question ?

Pour trouver la réponse il m’a fallu des années d’expérience et un demi siècle de recherches et messages que je suis en train de mettre dans mes livres. Il a fallut plus de 5.000 pages de texte et plus de 10.000 photos (choisies parmi 2,5 millions) pour donner, à mon avis (et jusqu’à présent tout le monde est d’accord) une compréhension claire du discus sauvage dans mon volume 1 et aussi du discus d’élevage dans mon volume 2- c’est pour notre génération et celles à venir. Je peux seulement vous donner une réponse simple, mais très importante: l’origine du discus est ce qu’il y a de plus important. Vous devez chercher et connaitre son origine, son histoire (et acheter ou pas).

Récemment le championnat français de discus s’est déroulé et il y a eu une compétition de discus. Pensez-vous que ce type d’événements est encore trop rare en Europe (ou même dans le monde) ?

Dans mon 3ème livre, toutes les compétitions et événements de discus du monde entiers y sont (plus de 200 pays font des championnats, annuels et bi-annuels), y compris Avert. J’ai commencé le premier et aussi organisé le deuxième (Aquarama 1990), le 3ème ( USA 1990), le 4ème (Aquarama 1991) et j’ai aussi été juge et coordinateur en 1993 à Aquarama.

J’ai aussi initié et tout organisé en Allemagne à Duisburg en 1996 ( mais je me suis retiré le jour de l’ouverture à cause de l’imposteur BD, qui ne connait rien sur les discus …).

Depuis, je suis juge dans beaucoup de championnats dans le monde (vous pouvez les voir sur mon site http://www.aquapress-bleher.com sous championnats et tout est traduit en français).

La pollution, le réchauffement de la planète, la déforestation, les barrages … pouvez-vous déja voir un impact sur le discus et son habitat? Si oui, lequel(s)? Et en général, quel futur ont les discus en Amazonie?

Tout est dans Bleher volume 1. Il y a 250 rivières et sites, j’ai recueilli, recherché et analysé ; tous les détails y sont. Comment pourrais-je répondre à cette question avec plus de 250 sites/rivières? Je suis en train d’écrire le chapitre 10 sur le futur dans la nature et dans les aquariums, mais c’est une autre centaine de pages et beaucoup de photos et dessins.

Cela n’augure rien de bon dans la nature et encore moins en aquarium …


Y-a-t-il eu de nouvelles variétés de discus découvertes récemment? (par exemple dans des endroits qui n’ont pas encore été enquêtés)

Je retourne en Amazonie chaque année, au moins 2 a 3 fois ( cette année 6 fois et certaines années 10 à 12 fois – à part mes autres recherches autour du globe- jusqu’a présent 173 pays).


Je vais dans les endroits où sur mon livre – sur chaque carte détaillée- il y a un “?”. L’année dernière j’ai trouvé une nouvelle population de discus vert où personne n’aurait pu imaginer en trouver. J’ai tout écrit dans mon volume 1 et je l’ai publié dans mon nouveau livre : Discusbook 1. En Août nous allons publier Discusbook 2. Ces éditions annuelles permettent de partager les nouvelles découvertes de l’année d’avant et pour que volume 1 soit à jour (seulement en anglais)


Pensez-vous que le construction de nouveau barrages feront migrer les discus vers de nouvelles Rios, ou pensez-vous qu’ils vont disparaitre de leur habitat?

Tout dépend ou le barrage est construit. Certains seront capable de migrer (j’espère) et d’autres disparaitront, comme dans le Tocantins … mais nos futures générations ne verront certainement pas de discus (sauf en aquarium. Vu qu’ils vont construire 100 barrages en Amazonie, le plus grand fleuve du monde va devenir des piscines … les futures générations devront lire les livres pour savoir comment tout était dans “l’ancien” temps …

Il y a un engouement pour les discus sauvages. Y-a-t-il déjà un impact visible sur leur population?
Pouvez-vous expliquer cet engouement pour ce poisson?
Quels sont vos sentiments sur l’exportation de discus sauvages et de leur avenir dans les réservoirs des amateurs?

La popularité a augmenté à nouveau avec le résultat de mon volume 1.

Soudainement le monde entier (jusqu’à présent le livre est traduit dans 11 langues) s’est rendu compte et est retombé amoureux de la nature et ses formes naturelles, qui étaient presque au point mort. Le Brésil a exporté seulement 10.000 sauvages en 2005 et elle est remontée à plus de 60.000 l’année dernière. Grace au volume 1 du Bleher et à toutes les personnes qui ont su lire les faits et qui ont été capables d’avoir – pour la première fois dans l’histoire- assez de connaissances pour comprendre comment les sauvages vivent et comment ils doivent être conservés, comme dans la nature.

Je suis très, très heureux (et fier aussi) d’avoir été en mesure d’apporter une goutte de compréhension dans l’océan de l’inconnu. J’ai pu constamment voir pendant mes conférences dans le monde entier (plus de 60 cette année, 50 l’année dernière) que les gens veulent connaitre la nature, leur environnement naturel, leur biologie, leur flux, etc.

… Et pour votre question sur « l’impact » : dans la nature il n’est, et ne pourra jamais être un impact sur les populations, de recueillir les discus comme passe-temps. Comme il n’est pas possible de recueillir les discus 9 a 11 mois par an – il est impossible que la pêche ait un impact quelconque. cela ne pourra jamais diminuer les stocks naturels. Mais si vous lisez chapitre 5 de mon volume 1, je pense que chaque personne peut comprendre ce se passe quand leur habitat est détruit par les hommes pour les ranch de vaches, des plantations de soja, en construisant des barrages et en détruisant la foret. Cela enlève leurs moyens de subsistance de base et ils disparaitront. J’espère que j’ai répondu à votre question, désole de toujours faire références à mes livres, mais j’ai passé toutes ces années à les écrire afin de partager mes expériences et des informations détaillées, le processus sans fin de l’apprentissage. Comme je suis sur que personne dans l’histoire a travaillé autant sur les discus que moi (aussi parce que la plupart des éditeurs ne veulent pas toujours la vérité), j’ai créé ma compagnie d’édition) … et je n’ai tout simplement pas le temps de décrire à nouveau plus de 50 années d’expérience.

Je vous remercie. Heiko Bleher